Arts plastiques et arts visuels en espace public

Un parcours découverte écrit par Floriane GaberLogosSACDCopiePrivee

En partenariat avec la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques

Introduction

Franck Tomps / LVAN

Les arts plastiques et visuels dans l’espace public ont, au début du XXe siècle, une connotation d’utilité sociale, voire politique. Les années 60 voient la notion-même d’art bousculée et les pratiques écloses à cette époque marquent durablement le paysage artistique. Buren pose ses bandes de 8,7 cm in situ, Fluxus (Ben, Filliou, Brecht…) parle de « non art » et le confond avec la vie, rejoignant en cela les préceptes des situationnistes qui auront une influence certaine sur la révolte de mai 68.

La rue, les murs sont aussi le lieu du rejet du marché de l’art et des lieux consacrés à la monstration (galeries, musées). Le GRAV (Groupe de recherche pour l’art visuel) et l’Atelier populaire de l’école des beaux-arts y collent leurs affiches anonymes ; Ernest Pignon Ernest ses sérigraphies en noir et blanc.

Aux Etats-Unis, les artistes (Kaprow, Vostell …) se consacrent aux « expanded arts » (environnements, happenings), notamment dans l’espace urbain, tandis que les artistes du land art interviennent dans et sur les paysages naturels.

Les années 60 voient également l’apparition du street art dans un contexte de mutation urbaine, le fonctionnalisme à la Le Corbusier étant remis en cause des deux côtés de l’Atlantique.  Le graffiti naît dans le métro new yorkais, au contact de la publicité dont la plupart des artistes (ZEUS, Naomi Klein …) dénoncent les messages, tandis que d’autres en jouent (cf Speedy Graphito, le « media peintre »). Paradoxalement, la rue devient aujourd’hui un espace de visibilité, une sorte de tremplin vers les milieux institutionnalisés du marché de l’art.

L’appellation d’ « art contextuel », objet du manifeste publié en 1976 par Jan Swiszinski regroupe toutes ces pratiques, qui font l’objet en France de dispositifs de soutien et de grands événements populaires.

PDF. La rue comme champ élargi de l'art ?

Clidière, Sylvie juil.-00 Rue de la Folie

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Les pionniers

Comme le rappelait Stéphanie Lemoine, lors d’une conférence prononcée dans le cadre de Bien urbain, à Besançon, en juin 2015 [1], au début du XXe siècle, les futuristes, les constructivistes, le Bauhaus considèrent que l’art doit avoir une utilité sociale, s’inscrire dans la vie quotidienne et, dans le cas de la Russie, se mettre au service de la Révolution, dans l’espace public (cf les interventions de Malevitch et du groupe Unovis). Ils créent donc un art collectif, avec des moyens industriels, s’opposant à la figure de l’artiste démiurge, solitaire. De la même manière, le muralisme latino-américain est un instrument de propagande, s’opposant à la peinture de chevalet.

Toujours selon Stéphanie Lemoine, l’impasse du modernisme est de considérer la peinture comme objet et de s’attacher à ses caractéristiques essentielles. Souhaitant s’en détacher, au milieu des années 60, un artiste comme Daniel Buren travaille le « degré zéro de la peinture » : la bande, de 8,7 cm, qu’il choisit de présenter in situ : c’est le contexte, l’espace environnant qui lui donne sens. Depuis, l’artiste ne cesse de multiplier ses interventions dans l’espace public, dehors et dedans, posant ses (fameuses) colonnes dans la cour du Palais Royal à Paris ou parsemant de touches colorées la ligne de tramway de Tours.

VIDEO. Daniel Buren, à propos de son travail sur le tramway de Tours

2013 00:07:48 TV Tours Val de Loire

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A la même époque, la notion de « non art » fait flores. Selon le commissaire d’expositions Harald Szeeman [2] , la forme n’est plus prédominante, mais bien l’attitude, le comportement. Cette remise en cause de la notion d’art vise également l’abolition de toute distinction entre l’art et la vie, comme le prônent ardemment les membres du courant Fluxus lancé par George Maciunas au début des années 60. Parmi ceux-ci, Ben et Robert Filliou restent des références dans l’hexagone : Filliou par sa devise : « L’art, c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art » et Ben par son affirmation « Tout est art et l’art est dans la vie » [3]. Leur proximité avec Georges Brecht, également membre de Fluxus, les familiarisent avec ses « events », sortes d’actions « ready made », que Ben (ibidem) définit ainsi : la représentation de la réalité par la réalité, car tous les détails de la réalité sont spectacle.


[1] « L’art urbain et son contexte d’apparition »

[2] Interviewé dans Hors limites, Editions du Centre Georges Pompidou, 1994

[3] In Hors limites, Editions du Centre Georges Pompidou, 1994

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