L’Art des Fratellini : passion, innovation et transmission

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Un parcours découverte écrit par Philippe Goudard

En partenariat avec l’Ecole Nationale des Arts du Cirque de Rosny-sous-Bois

Introduction

Paul, François et Albert FratelliniFratellini ! Le nom résonne dans l’histoire du cirque avec les éclats de rires accueillant les clowns et les applaudissements adressés aux acrobates, écuyères, jongleurs ou directrices d’écoles de cirque [1].
Sur cette illustre famille du 18éme siècle d’origine italienne, devenue dynastie de cirque depuis le milieu du 19éme, les sources sont nombreuses : biographies, riche iconographie et traces filmées, télévisuelles ou radiophoniques aisément accessibles à l’ère du numérique, que complètent l’historiographie et les témoignages des héritiers du nom et de l’art en activité. Que nous disent le passé et l’actualité des Fratellini sur les métiers et les arts du cirque, leur apprentissage, leur exercice et leur transmission ?  Et comment les générations successives d’artistes et entrepreneurs d’une même famille ont-ils inscrits dans leur temps, l’héritage des figures qui les ont précédées?

Enrico Gaspero, dit Gustave : saltimbanquisme, politique et acrobatie

En 1767, Giuliano Fratellini et Maria Maddalena Di Angiolo ont un fils: Annibale Gaspero Fratellini, qui épouse Anna Vettoria Neri. Ensemble, ils ont cinq enfants, dont Giovacchino Fratellini, né en en 1791, qui épouse à son tour Giuseppa Gozzini. Le couple a six enfants dont Enrico Gaspero, né à Florence le 18 juin 1842.

Jusque là, pas question de cirque chez les Fratellini.

Les gens du cirque aiment changer leur prénom, usage casse-tête pour les généalogistes et historiens. Ainsi, Enrico Gaspero sera Gustave. Le geste marque un affranchissement, une différence.

Gustave Fratellini, portrait.

Fonds Fratellini

Et c’est avec Gustave que le nom entre en cirque. Prédestination étymologique d’une lignée d’augustes? La révélation de sa passion pour le cirque pousse le petit Gustave à s’enfuir du séminaire après  avoir assisté à un spectacle du fameux cirque italo-russe Truzzi, pour rejoindre les saltimbanques. Rattrapé par sa famille, il suit des études de médecine, puis s’engage avec Garibaldi. Prisonnier, il apprend la gymnastique acrobatique. Libéré, il annonce à sa famille qu’il sera saltimbanque. « On imagine l’effet que de pareilles déclarations peuvent produire sur une famille bourgeoise » [2]. Choisissant de se former à l’école de mime et gymnastique de Giuseppe Tramagnini à Florence, il y rencontre des camarades (Pucci, Frediani et Giacchi) avec qui il crée une première troupe, tournant en Italie au trapèze, au sol et comme clown. Gustave est alors engagé par le cirque américain de James W. Myers. Il a 26 ans et épouse Giovanna Pilori, artiste de cirque elle aussi.

La passion de Gustave pour le cirque le confronte dès ses débuts à la nécessité de se professionnaliser, trouver une formation et des contrats. Entré dans la carrière, il devra à la fois créer pour exercer, innover pour durer, et transmettre. Mots clefs d’un héritage familial encore vivant aujourd’hui.

 

Gustave Fratellini, jeune homme engagé, en rupture familiale, entre en cirque comme l’ont fait après lui les rénovateurs du cirque des années 1970, et il lui est difficile de s’imposer au sein d’un monde dont il n’est pas issu. Il faut donc lui reconnaître ce supplément de motivation qui lui permet de s’imposer dans un milieu professionnel fermé, sans l’héritage, alors, d’un nom ou d’un carnet d’adresses. Le cirque s’adapte au temps en se nourrissant de ceux qui n’y sont pas nés.


[1] Merci à Valérie Fratellini et Paul Salasca pour leur disponibilité.

[2] Albert Fratellini, Nous, les Fratellini, 1955, p.2

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