L’Art des Fratellini : passion, innovation et transmission

Naissance d’une dynastie

Gustave Fratellini et ses quatre fils, vers 1890.

Fonds Fratellini

De 1873 en Sicile, à 1902, année de son décès à Paris, l’apprentissage du métier se poursuit alors pour Gustave par la pratique, au fil des engagements et des tournées. L’ambiance est internationale, familiale et pluridisciplinaire.

Seul en piste ou avec son ainé Luigi dès ses sept ans et d’autres partenaires, tour à tour acrobates, clowns, jockeys, dans des formes multiples de numéros ou reprises et des distributions allant du solo au quatuor, les Fratellini voyagent : Italie, Chili, Argentine, puis retour en Italie. Premier contrat au Cirque d’été de Paris en 1878. Puis s’enchaînent les cirques Hengler à Londres, des Champs-Élysées, Hippodrome du pont de l’Alma et Fernando à Paris, où exerce aussi Geronimo Medrano, ou encore les cirques Salamonsky et Cineselli en Russie.

Gustave parcourt le monde avec ou sans son épouse Giovana. Sept enfants naissent au rythme des tournées : Luigi (Louis), 1868, Rafaelo, 1876, Paolo (Paul), 1877, en Italie, François, 1879, Pietro, 1782, Antonio, 1783, en France et Valentino-Alberto (Albert) en 1885 à Moscou. Trois meurent en bas âge. De cette cinquième génération, deuxième de cirque, quatre frères vont faire entrer le nom des Fratellini dans l’histoire.

Devenu homme de métier, Gustave sait, comme Giovanna elle aussi artiste, combien le cirque est merveilleux mais exigeant: concurrence, dureté des directeurs, nombre de représentations, charge de travail maximale … Les enfants sont donc formés « à la dure », par transmission directe, dès leur petite enfance, au sein même de l’environnement professionnel de leurs parents, essentiellement à l’acrobatie et par leur père. Forts de ces bases, la plupart des numéros du futur célèbre trio reposeront sur cette virtuosité apprise très jeune et entretenue toute leur vie. « Acrobates malgré nous ? Peut-être. Mais, au fond, si, au lieu de respirer l’odeur de la sciure, on nous avait proposé l’atmosphère d’un bureau ou d’un atelier, aurions-nous compris que notre véritable vocation s’inscrivait dans le cercle magique de la piste ? » [3]

JPG. Photographies de Gustave Fratellini

  Fonds Fratellini  XIXe siècle

Voir le document

Le génie du trio Fratellini

Louis Fratellini, clown blanc et Paul Fratellini, auguste.

Fonds Fratellini

Ce faisant, les frères Fratellini acquièrent l’essentiel des compétences nécessaires au métier, qui, assimilées, seront le socle du développement de leur art et de leur créativité. Que sont en effet les compétences acquises par une formation, dans quelque métier que ce soit, si elles ne sont pas éprouvées au contact des conditions de l’exercice quotidien et transmises par des maîtres en ayant eux-mêmes l’expérience approfondie ?

Ils ont acquis à travers le monde le sens du contact avec le public, les partenaires et les entrepreneurs. Aguerris au travail collectif et à la vie en commun, à la dureté russe ou la rigueur allemande du commerce du cirque, pratiquant indifféremment Italien, Français, Allemand, Espagnol, Russe ; sachant monter leur matériel, répéter leur technique, donner leurs numéros, démonter, rouler, voyager, et recommencer ;  capables de s’adapter aux différences et nuances culturelles, au flegme anglais, à l’enthousiaste des amateurs de cirque français ou allemands aussi bien qu’aux excès des « Olé! » et des sifflets espagnols ou italiens, les jeunes gens répètent, résistent, s’adaptent, improvisent.

Leur talent et leur solide formation portent leurs fruits et les contrats se succèdent. Ils forment deux duos : Alberto et François, Luigi et Paolo. Luigi meurt de la variole à Varsovie en 1909 à 41 ans. Alberto et François accueillent leur frère Paolo et travaillent alors dans toute l’Europe jusqu’à l’engagement au cirque stable Medrano à Paris, où ils vont connaître gloire et consécration de 1909 à 1924. Gaston Desprez, le directeur du Cirque d’Hiver les engagera ensuite pour des pantomimes comme La chasse à courre (1927) et les tournées d’été du Cirque d’Hiver, qui prend alors le nom de Cirque Fratellini (1933).

PDF. Les Fratellini, la preuve par trois

 Jacob, Pascal  oct.-97 Arts de la piste  

Voir sur rueetcirque.fr


[3] Albert Fratellini, Nous, les Fratellini, 1955, p.36.

Pages: 1 2 3 4 5