L’art est-il soluble dans le monde du travail ?

Un parcours découverte écrit par Fanny BroyelleFAIAR_logo_horiz_1

En partenariat avec la FAI AR – Formation supérieure d’art en espace public 

Introduction

Nicolas Frize, concert Intimité, Usine PSA Peugeot-Citroën de Saint-Ouen, 2014

Bernard Baudin

L’intérêt d’étudier le dialogue entre le monde de l’art et le monde de l’entreprise réside dans le foisonnement de formes que cela peut prendre dans toutes les disciplines des arts vivants (spectacle vivant et arts visuels). Précisons cependant que lorsqu’un artiste est en immersion dans une entreprise, ce n’est pas uniquement pour effectuer une « prestation » formulée par l’entreprise, ainsi que le qualifient Paul Ardenne et Jean-Baptiste Farkas[1] qui décrivent cette présence : convoquée pour son potentiel créatif, sa faculté à fabriquer de l’imaginaire et du récit, pour sa capacité à créer des situations inédites. Il ne s’agit pas non plus d’une simple sollicitation d’apport en industrie pour des besoins de production artistique. Lorsque l’artiste est en immersion dans l’entreprise, c’est bien pour réaliser son « travail d’artiste » au sein d’un contexte particulier qu’est l’entreprise, cette organisation non dédiée à l’art. Sans vouloir ouvrir un débat esthétique sur les œuvres nées d’un tel dialogue, il est intéressant d’essayer d’en comprendre les impacts sur les publics concernés. Ou, pour le formuler avec les mots du sociologue Jean-Paul Fourmentraux[2], d’analyser « ce que l’art fait et fait faire à ceux qui l’instaurent et qui en font l’expérience ».

Pour formuler autrement, l’art est-il soluble dans le monde du travail ? Au-delà de cette question, c’est la problématique de la rencontre entre deux mondes qui se pose, avec tout ce que cela peut provoquer en termes d’interactions, de résistance ou de fusion. Qu’est-ce qui est à l’œuvre lorsque cet étranger venu de l’extérieur qu’est l’artiste rencontre ce monde intérieur qu’est l’entreprise ? Que se passe-t-il quand la création artistique se connecte à des lieux qui ne lui sont pas naturellement dédiés ?

Le contexte nourrit le process

Envisager l’art en immersion dans l’entreprise, c’est le prendre dans sa dimension contextuelle ; contexte qui va nourrir le processus de production. Comme le décrit Paul Ardenne[3] : « Plus que des formes ou autant que des formes, sont proposés au spectateur des événements, une expérimentation in vivo ». Spectateur étant à prendre ici au sens large du mot « public », c’est-à-dire les personnes à l’intérieur comme à l’extérieur de l’entreprise. Au-delà du contexte, donc, c’est bien la dimension opératoire qui est en jeu, ce que Jean-Paul Fourmentraux[4] appelle les « œuvres agissantes », celles  dont les modalités de production importent autant (sinon plus) que l’œuvre en elle-même.

Aussi, dans le cas d’une production artistique in situ, particulièrement dans les lieux non dédiés à l’art, l’œuvre incarne une relation. Cette relation est à l’œuvre dans des dispositifs tels que Les Nouveaux Commanditaires (Fondation de France), les Ateliers de l’Euroméditerranée (Marseille-Provence 2013) ou encore Quand l’art rencontre l’industrie.

PDF. Artistes et Citoyens à l'oeuvre - Marseille Provence 2013

.  mai-12 Zibeline n°46 (supplément gratuit)

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VIDEO. Quand l'art rencontre l'industrie - 5 résidences d'artistes

 2014  5 x 00:02:30  Polinôme - Ministère du Redressement productif

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Dispositifs qui, chacun à leur manière, expérimentent des processus de production innovants pour lesquels la relation avec la structure hôte est au centre de la création artistique. Création qui « requiert le spectateur, comme un élément à part entière du dispositif créatif (Ardenne) ». Le public n’est pas passif, comme le décrit Jacques Rancière[5], à savoir « un spectateur immobile, à sa place, qui se tient en face d’une apparence en ignorant le processus de production ». Dans le cadre d’une présence artistique in situ, quand le travail de l’artiste se fait pendant le temps et sur le lieu de travail, la distance est abolie, le public devient « expérimentateur ».


[1] Entretien Paul Ardenne et Jean-Baptiste Farkas, « L’artiste prestataire » in « L’Artiste et l’entrepreneur », ouvrage collectif dirigé par Norbert Hillaire, Cité du design edition, 2005

[2] et [4] Jean-Paul Fourmentraux, « L’œuvre commune, affaire d’art et de citoyen », Les Presses du réel, 2012

[3] Paul Ardenne, « Un art contextuel », Manchecourt, Flammarion, 2002

[5] Jacques Rancière, « Le Spectateur émancipé », La Fabrique éditions, 2008

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