Le monde sur écoute

Arts sonores plastiques

On parle, à dessein, de création « musicale et sonore » en espace public car les productions qui s’adressent à nos oreilles ont depuis longtemps dépassé le champ de la musique – entendue comme art de la composition et de la maîtrise d’instruments. Comme l’analyse le musicologue Makis Solomos, « s’il s’avère de plus en plus difficile de distinguer son musical et bruit, c’est que nous entrons progressivement dans un univers où il n’existe plus qu’une seule catégorie : le son. »[7] Pour de nombreux artistes, la question du son s’impose, au-delà des paradigmes spécifiques de la musique. C’est en particulier le cas pour de nombreux plasticiens qui ont fait du son leur matériau premier. Les « arts sonores » tels qu’on les découvre au festival City Sonics à Mons en Belgique, se déploient parfois dans l’espace public. Ils se distinguent des formats plus spectaculaires évoqués antérieurement par leur mode de relation aux spectateurs, relevant bien souvent de l’installation que l’auditeur peut expérimenter à sa convenance, dans une temporalité plus longue.

VIDEO. Festival City Sonic#11. Parcours d'installations sonores en ville

2013 00:11:48 Transcultures & le manège.mons

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La création Champ harmonique (2013) de Pierre Sauvageot, compositeur, directeur de Lieux publics, centre national de création à Marseille, constitue un exemple éloquent de projet hybride, entre musique et installation plastique. Cette symphonie éolienne propose aux spectateurs-auditeurs d’évoluer librement parmi des machines sonores actionnées par le vent. L’installation, présentée le plus souvent dans des paysages, relève d’un land art sonore.

La relation au lieu et au contexte est au cœur de la démarche de Suzanne Philipzs, artiste écossaise qui a été, en 2010, la première à remporter le prestigieux Turner Prize pour une installation sonore. La pièce Lowlands, créée dans le cadre du Glasgow International Festival se situait sous trois ponts enjambant la rivière Clyde. Trois versions d’une complainte écossaise du XVIème siècle, Lowlands Away, étaient diffusées par des mégaphones fixés sous les arches des ponts. Les passants entendaient la voix de l’artiste, qui a fait du chant a capella le fondement de son approche. Dans une esthétique très différente, Dominique Petitgand utilise lui aussi des hauts-parleurs pour produire des installations qui projettent l’auditeur dans ce qu’il nomme des « récits et paysages mentaux ».

VIDEO. Susan Philipsz. Lowlands

2010 00:08:25 47 Film

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Le développement considérable de ces arts dits « sonores » souligne la puissance évocatrice du son et les possibilités qu’il offre pour créer de toutes pièces des espaces-temps fascinants à expérimenter. Importation de sons enregistrés venus d’ailleurs ou captés sur place, mélange imprévisible entre ces sons exogènes et ceux, natifs, du lieu investi, les modalités de traitement sont d’une grande richesse. Il en résulte, en milieu urbain comme naturel, des expériences sensorielles fortes pour l’auditeur qui, conduit à focaliser sur l’ouïe et l’écoute, entre bien souvent dans un état de contemplation et d’attention affûtée.

PDF. Au-delà des murs, le son

Ruan, François-Xavier juil.-09 Stradda

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[7] Solomos Makis, De la musique au son. L’émergence du son dans la musique des XXe-XXIe siècles, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2013, p.169

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