L’entreprise Plume ou la recherche d’un équilibre entre art et économie

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Un parcours découverte écrit par Dominique Duthuit

En partenariat avec l’Ecole Nationale des Arts du Cirque de Rosny-sous-Bois

Introduction

Emmanuel Dumont

Le Cirque Plume ne peut pas être dissocié des contextes géographique, politique, social, humain, culturel dans lequel il est né et a grandi. C’est à la fin des années 70 que le noyau fondateur, artistes autodidactes en révolte contre les idéologies d’une société de la consommation et la rentabilité, s’est constitué dans le chahut de la rue, à Besançon, en marge de la capitale et de la « haute culture ». Ecologistes, anarchistes et poètes, leurs intentions premières se résumaient au désir de faire la fête sur les chemins buissonniers jusqu’au jour où ils ont décidé de fonder en 1984 un établissement de cirque pour mettre en œuvre leurs rêves inaccessibles. L’apprentissage fut total.

 

De 8 membres réunis sous forme associative, ils sont aujourd’hui 25  à travailler à plein-temps dans une entreprise de cirque (SARL) qui, à raison d’environ 110 représentations par an, vit sur ses recettes propres à hauteur de 80%. Pionnière sans le savoir du « nouveau cirque »,  genre artistique et culturel inédit, comment est-elle passée d’une autogestion chaotique à une structure hiérarchisée? Face au coût du chapiteau, quelle modèle économique a-t-elle inventé, sans esprit de conquête et de compétition ? Quel  esprit « Plume » souffle à l’intérieur de l’entreprise, qui peut y entrer? Intégré dans la culture officielle alors qu’il revendiquait un art marginal, archaïque et populaire, le Cirque Plume est-il resté fidèle à ses convictions profondes ? A l’aube de sa cessation d’activité prévue après 2020, à qui et à quoi servira la mémoire de Plume, dont la longévité et le succès populaire n’ont pas d’égal dans l’histoire du cirque européen contemporain?

Les grandes étapes de la construction de l’entreprise

Un contexte politique déterminant

L’entreprise Plume s’est bâti dans une contradiction permanente entre le désir d’être à la marge et la nécessité d’être reconnue. Créer en toute liberté, sans aucune entrave, était le credo de Bernard Kudlak, cofondateur et directeur actuel. Pendant les premières années d’exercice du métier de  d’artiste et comédien (1977/1983),  il a refusé le statut d’intermittent synonyme d’« assisté ».  A l’heure où Plume n’était encore qu’une troupe de saltimbanques de rue, l’élection de François Mitterrand en 1981 et l’installation de Jack Lang au ministère de la culture fut une donne politique déterminante pour son avenir ainsi que pour celui des autres compagnies pionnières du « nouveau cirque ».

Après avoir obtenu, pour la première fois de son histoire, des subventions publiques, le cirque a vu naître puis se développer très vite un « paysage institutionnel » complètement inédit : création du CNAC en 1985, création d’un fonds de soutien à la création, mise en place d’un maillage du territoire avec des structures fixes pouvant accueillir et produire des spectacles de cirque, célébration en 2001 de l’année des arts du cirque… [1] Face à cette volonté politique en faveur des arts du cirque, le Cirque Plume est passé à l’acte en veillant farouchement à préserver sa liberté de création d’un art « élitaire pour tous».  (Abécédaire)

PDF. Les dispositifs de financement spécifiques aux arts du cirque

HorsLesMurs 2009 Fiches pratiques de HorsLesMurs

Voir sur rueetcirque.fr


[1] MALEVAL Martine – L’épopée du nouveau cirque p 46-63 (COLLECTIF, GUY Jean-Michel (dir.) Avant-garde, Cirque !: les arts de la piste en révolution. Ed.  Autrement (2001)

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