Les Femmes sont-elles des clowns comme les autres ?

Loin des genres, proche des hommes

Est-ce parce que le clown est homme qu’il rejoint l’universel, ou est-ce parce qu’il est universel qu’il est homme ? Certainement les deux points se répondent-ils, concourant à la complexité pour la femme d’exercer l’art du clown. Il reste difficile pour les femmes d’aller à l’encontre des attentes du public et plus largement de la société en présentant un clown en opposition avec l’image de la femme. En outre, le stéréotype, véhiculé depuis longtemps sous la forme d’un homme grimé, amène à considérer le clown comme un homme, même quand, à l’évidence, il s’agit d’une femme. Ce n’est donc pas parce que le clown est asexué que les femmes ne sont pas apparues en tant que clowns mais plutôt parce qu’il leur fallait prendre appui sur des modèles comiques masculins. Il n’existe pas de neutralité parfaite incarnée par le genre masculin, mais plutôt une impossibilité sociale à ce que la femme s’impose pour le moment comme modèle. Il lui faut donc prendre un risque pour non seulement se débarrasser des comportements conventionnels mais aussi créer de nouvelles formes d’émancipations. Proserpine, par son agressivité, Jackie Star, par son jusqu’au-boutisme, sont par exemple des clowns qui osent trancher avec une image féminine stéréotypée. Les spectacles des clowns Janie Follet : « Moi, y’a une chose que je comprends pas… c’est la beauté » ; et Jackie Star : « L’Élégance et la beauté », interrogent explicitement les stéréotypes de la femme en les mettant en scène et en les détournant. La nouvelle vague de femmes et de clowns porte avec elle la possibilité d’aller au-delà de tous ces archétypes notamment en les exploitant.

Les hommes, également victimes des stéréotypes de genre, contribuent à l’émancipation des femmes dans le monde des nouveaux clowns. Le costume étant un parfait outil de détournement des données sociales transmises par les vêtements, les clowns n’hésitent pas à exacerber leur genre ou à le travestir. Par exemple, le clown Daisy Madonna est vêtu d’une manière farfelue qui laisse place à toute ambiguïté, comme le personnage « Régis est une conne ». Bien que les clowns cherchent à faire transparaître une humanité globale dans leur spectacle, le travail qu’ils proposent est élaboré à partir de leur personnalité et de leur personne et, par extension, de leur sexe en tant que caractéristique de la personnalité et non en tant que posture socialement construite. Les différences de sexes apparaissent alors innombrables et ne concordent plus forcément avec le dualisme des genres. Ce processus créateur, basé sur l’identité, valorise les différences et offre une issue à la « guerre de sexes » telle qu’elle se réalise dans le quotidien social. De cette nouvelle catégorisation se crée une forme de hors genre amenant à ne plus considérer le clown comme un clown « homme » mais un clown « humain ».

VIDEO. Régis est une conne. Episode 1

00:01:24 R.E.U.C. Product Studio Lez'Art Création

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