Processus cirque. Art(s) et science(s) à l’épreuve de la piste

Un parcours découverte écrit par Marc MoreigneLogosSACDCopiePrivee

En partenariat avec la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques

Introduction

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Charlène Dray

Le programme des « processus cirque » initié en 2014 par la SACD sous l’impulsion de son administrateur en charge des arts du cirque – Philippe Goudard – est ambitieux. 10 projets expérimentaux portés par des artistes de cirque et qui explorent en actes la rencontre et le dialogue, voire la confrontation entre la dimension artistique et la dimension scientifique, dans le travail d’élaboration comme dans la forme donnée à la représentation en public.

Ce qui frappe d’abord, c’est l’extrême diversité de nature et de caractère de chacun des projets. Dans les formes de collaboration entre les protagonistes, les domaines abordés et leurs traductions « circassiennes », mais aussi dans la singularité des démarches suivies par les un(e)s et les autres. Exploration des différents états de présence du corps et du mouvement acrobatiques en milieu immersif, réflexion sur les gravitations multiples via la création d’un agrès/partenaire, mises en situations à travers des environnements et des dispositifs évolutifs d’un cheval non dressé…autant de « chantiers » inédits d’exploration…

Les lignes qui suivent proposent une analyse comparée de trois de ces projets : Hippo-néguentropie conçu et mené par Charlène Dray avec son cheval Listan, Voluminosité  de la compagnie Retouramont sous la houlette de Fabrice Guillot et le projet de Kitsou Dubois, Une pensée circulaire entre le cirque, la danse et l’image, avec une élève acrobate de l’Académie Fratellini et deux étudiants de l’Ecole de cinéma Louis Lumière.

Désirs, attentes et objectifs

Les motivations liées à des projets aussi spécifiques s’ancrent profondément dans un processus et des axes de recherche propres à chaque artiste et qui remontent souvent au début de leur travail de création.

Ainsi, le projet de la chorégraphe Kitsou Dubois prolonge le travail d’exploration du corps mis en état d’apesanteur qu’elle a expérimenté grâce à des vols paraboliques réalisés avec le concours du CNES (Centre National d’Etudes Spatiales) dès 1990. Sa collaboration conjointe avec l’Ecole Fratellini et l’Ecole Louis Lumière, outre qu’elle identifie clairement les deux « acteurs » essentiels de sa proposition – le corps d’un côté, l’image de l’autre, et comment les deux dialoguent et inter agissent entre eux – définit aussi son objectif global qui est celui de transmettre et, plus que comme un maître d’œuvre, d’apparaître comme étant celle qui fait du lien entre des univers, des pratiques et des médiums différents.

Dans Voluminosité la compagnie Retouramont et son directeur Fabrice Guillot, eux aussi, approfondissent un sillon, creusé depuis déjà plusieurs années. Mais si le projet s’inscrit dans la continuité du travail de la compagnie – Rapport athlétique à la structure/architecture mêlant chorégraphie et escalade, environnement conçu comme un espace de potentialités physiques – là où jusqu’alors les corps des danseurs s’inscrivaient graphiquement dans le « décor », l’intention ici est d’inverser le rapport et que ces mêmes corps constituent l’échelle de référence et la mesure étalon du spectacle. L’objet/agrès lui-même figurant le 4ème danseur.

PDF. Projet "Voluminosité"

Guillot, Fabrice 2014

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Charlène Dray, ancienne élève de la Villa Arson puis pendant 5 ans du Pavillon Bosio, Ecole Supérieure d’Arts Plastiques de Monaco, intégrait jusqu’à présent son cheval Listan dans ses interventions de « stylisme urbain » et a développé avec lui toute une série d’expériences et de performances – « dérives » urbaines ponctuelles à la façon des situationnistes, errances de plusieurs jours avec un itinéraire aléatoire – qui ressortent aussi bien du spectacle que de l’art contemporain. Avec Hippo-néguentropie[1], elle ambitionne d’aller plus loin. A travers différents protocoles et dispositifs d’expérimentation appliqués à son cheval Listan, elle tente avec ce projet de créer un nouveau statut, de faire accéder le cheval de spectacle à un nouvel état.

PDF. Projet "Hippo-néguentropie"

Dray, Charlène 2014

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[1] En science, le principe de néguentropie se définit comme « la recherche d’un environnement maîtrisé dans la perspective de réaliser un gain d’énergie ». « Hippo-néguentropie » signifie donc ce principe appliqué au cheval.

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