Processus cirque. Art(s) et science(s) à l’épreuve de la piste

Agrès, objets et accessoires : les « outils » de la représentation

Entre l’utilisation d’un agrès classique (quoique…), la construction d’un agrès spécifique mouvant et même la mise en situation d’un « agrès vivant », chacun des trois projets décline à sa manière le rôle de l’objet ou accessoire traditionnel du cirque.

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Ki productions & ENS Louis Lumière

Dans la proposition de Kitsou Dubois, la corde en diagonale sur laquelle va évoluer Emilie intervient à plusieurs niveaux. Plastiquement et graphiquement d’abord, sa ligne vient couper l’espace d’une manière inhabituelle pour le regard du spectateur. Le fait de ne pas voir ses extrémités et d’être face à sa seule présence qui préexiste à toute apparition humaine, lui confère une tension anachronique et mystérieuse. Mais surtout, au-delà même de la qualité de corps et de mouvements de l’acrobate qu’elle soutient, cette corde sans début ni fin porte la continuité du corps d’Emily, affirme la durée et la persistance du vivant. Elle est un peu le fil rouge, fragile et vibrant, de cette présence charnelle qui contraste avec le virtuel des images.

Dans Hippo-néguentropie, le cheval Listan est son propre agrès. Support à des projections vidéo en même temps que protagoniste/acteur de différents parcours et mises en situation, il est à la fois le sujet et l’objet de l’expérimentation imaginée et réalisée par Charlène Dray. A travers tous les différents protocoles par lesquels il passe, auxquels il est soumis, il s’impose comme un objet vivant, « actant » de la représentation dont il crée lui-même les conditions et les circonstances. C’est à une sorte de vertigineuse mise en abîme, à la mise en scène d’un entre-deux troublant entre « objet » et « animal » que Charlène et Listan nous convoquent. Mais s’il n’y a pas d’agrès à proprement parler dans Hippo-néguentropie, il existe de nombreux accessoires et outils, technologiques et électroniques pour la plupart, qui permettent la réalisation du processus. Vidéo, capteurs électroniques, logiciels pré programmés, images de synthèses, double numérique… sont autant d’éléments extérieurs ou fixés sur le cheval qui agissent directement sur lui et sur son environnement.

VIDEO. Hippo-néguentropie : Le cheval comme écran

2015 00:04:00 Dray, Charlène

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Nora Houguenade

L’agrès est sans nul doute la pièce centrale du projet de la compagnie Retouramont, Voluminosité. La structure monumentale autour de laquelle gravitent (à tous les sens du terme) les danseuses et l’acrobate fait figure à la fois d’architecture, de protagoniste et dessine in fine le squelette de la proposition artistique. En outre, cet « agrès monstre » se construit progressivement sous nos yeux. La pièce présente en effet 5 phases ou 5 séquences qui correspondent chacune à une étape de l’élaboration et de la mise en mouvement de l’agrès. Du premier tableau où les tubes sont épars au sol à la cinquième et dernière étape où la structure, libérée du poids de la gravitation, suspendue, se met à voler… c’est l’ensemble de la narration, de « l’histoire » qui est rythmée par ce tempo. Comme le dit Fabrice Guillot, toute la question qui a guidé en permanence le travail sur cet objet/partenaire était : « Comment arriver à le faire danser » ?

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