Processus cirque. Art(s) et science(s) à l’épreuve de la piste

Présence, mouvements, trajectoires : la place des corps

Quel rôle dans ces propositions pour ce qui reste l’acteur majeur du cirque et peut-être au-delà, de l’ensemble du spectacle vivant, le corps ? Chacun des trois projets décline et interroge à sa manière cette réalité physique du corps en piste pour peut-être lui donner un nouveau statut, une nouvelle dimension.

Charlène Dray, dans sa démarche de chercheuse, s’attache à questionner directement le corps de son cheval à travers les différentes représentations – conscientes ou inconscientes – qu’il va pouvoir endosser. Chercher ce que pourrait être l’identité singulière de ce corps-là  en déclinant via des performances et expérimentations multiples ses différentes identités plurielles : le « Cheval-socle », figure iconique, objet immobile et sculptural ; le « Cheval danseur » animal mimétique et anthropomorphe, reproduisant les gestes et les rythmes du danseur humain auquel il est confronté ; le « Cheval-marionnette » conçu par Charlène comme son manuel d’anti-dressage ; le « Cheval-décor », support-surface de projections vidéo ou encore le « Cheval-objet » au statut d’objet (d’art ?) scénique mais un « objet vivant » à la différence des « objets morts » de l’art contemporain. Tout en sachant qu’aucune de ces représentations ne suffit à épuiser le sens et la vérité de Listan.

VIDEO. Et si on les avait dressé autrement

2015 00:04:00 Dray, Charlène

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VoluminositeCCN 2

Ernest Abentin

Si dans Voluminosité, l’objet/agrès est au cœur du dispositif et de la proposition artistique elle-même, cet objet par bien des aspects figure également le grand corps de la représentation. Un corps hybride, un corps prothèse fait du métal des tubes qui le constituent mais aussi des corps des danseuses qui l’animent et le mettent en mouvement comme si elles insufflaient de la chair, dessinaient des articulations, des muscles et des cartilages dans cet immense squelette. Ces différentes échelles de corps qui circulent et s’interpénètrent avec violence ou harmonie, mêlant sans cesse le « dedans » et le « dehors », l’humain et l’architecture, interrogent clairement la place, la nature et le statut du « corps » dans la dramaturgie mais aussi dans la forme donnée à la représentation.

Pour Kitsou Dubois, la qualité de corps et de mouvements éprouvée et transmise par Emily dans son rapport à la corde comme dans son rapport à l’espace durant sa performance est une donnée déterminante. Il en va de même de la perception de ce même corps ainsi qu’elle va s’exprimer et se donner à voir à travers l’image et le montage des images. Là aussi, tout est affaire de circulation, de résonances, de lien intime et énigmatique entre le corps réel et le corps virtuel, entre le fragment et la persistance, entre la matière et l’illusion.

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