Processus cirque. Première phase : rencontre et intentions

Un parcours découverte écrit par Gwenaëlle AbolivierLogosSACDCopiePrivee

En partenariat avec la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques

Keaton1

Gaëla Blandy

La rencontre entre un artiste de cirque et un scientifique qu’il soit par exemple ingénieur, scénographe, architecte ou acousticien, peut se révéler fructueuse et susciter une approche nouvelle dans la façon d’appréhender la scène. Elle peut aboutir à la création d’œuvres innovantes, en lien avec des recherches et des applications en matériaux et procédés (nouveaux agrès, technologies, supports et surfaces, son, lumière, costumes, scénographie, architecture, nouvelles images, informatique). Les artistes et les scientifiques évoluant rarement dans les mêmes sphères de compétences, ils ne sont pas amenés facilement à se croiser. Qu’est-ce qui préside à leur rencontre et peut faire naître un désir artistique qui ira jusqu’à l’aboutissement de projets dont certains recevront une labellisation et une bourse de la SACD pour leur travail de recherche, voire le dépôt d’un brevet ? A travers trois exemples et trois cheminements, nous allons mettre en lumière les lignes de forces et les points éventuels qui se dégagent de ces processus artistiques.

Guillaume Bertrand est acrobate, metteur en scène et artiste-associé à La Compagnie du 13ème Quai. Il s’est rapproché du LAUM Laboratoire d’Acoustique de l’Université du Maine.
Pierre Meunier, acteur, auteur et metteur en scène de la compagnie La Belle Meunière encadre le spectacle des apprentis de 2e année de l’Académie Fratellini pour un hommage à Buster Keaton. Carine Merlino, architecte, auteure, encadre deux workshops sur ce thème avec les apprentis : avec l’ESA (Ecole Spéciale d’Architecture) et l’ENSA Paris Malaquais (Ecole Nationale Supérieure d’Architecture).
Enfin Aurélien Bory auteur et metteur en scène, s’est associé à un trio de jeunes scénographes, issu du département scénographie de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes.

*

Le désir artistique naît bien souvent d’une rencontre forte. S’il est question de compétence, de moment opportun, le déclic est également lié au facteur humain et au rôle indéniable joué par un troisième homme, autrement dit un passeur ouvert à la circulation des informations et des idées. C’est lui qui va créer le lien entre deux univers au départ éloignés et pourtant faits pour se rencontrer : l’artistique et le scientifique.

Le troisième homme et la genèse du processus

BusterTheCameramanDans le cas du projet de Pierre Meunier, une femme est à l’origine de cette rencontre déterminante : Carine Merlino, architecte de formation, est passionnée par l’univers de Buster Keaton «pour le rapport que l’artiste américain entretient à l’environnement et à l’architecture». Cette femme est la cheville ouvrière de ce projet qui va éclore entre circassiens et architectes. Consciente que le  «dialogue ne se fait pas naturellement entre les disciplines», elle va provoquer la rencontre. Elle connait et suit depuis longtemps le travail de Pierre Meunier, en tant que metteur en scène et comédien. Alors que 2016 correspond aux 50 ans de la mort de Buster Keaton, elle a dans l’idée de créer un festival  qui inclurait un spectacle vivant en hommage à ce génie du burlesque. Ce spectacle révèlerait le rapport de Keaton à la géométrie et à l’architecture. Carine Merlino en parle à Pierre Meunier qui a été formé par Pierre Etaix, lui-même inconditionnel de Keaton, pour avoir collaboré avec Jacques Tati. Cette discussion tombe à pic : Pierre Meunier doit encadrer les apprentis de 2e année de l’Académie Fratellini pour leur spectacle de fin d’année. En accord avec Valérie Fratellini et Stéphane Simonin, il va travailler avec les apprentis sur le cinéaste américain et son rapport à la chute. De son côté, Carine Merlino soumet ce projet d’exploration des formes géométriques dans l’oeuvre de Keaton à l’ESA où Reza Azard enseigne, puis à l’ENSA Paris Malaquais. A la clé de ces collaborations, la création d’objets architecturaux pouvant être manipulés par les circassiens lors de leur spectacle.

Derrière Guillaume Bertrand artiste, chercheur et inventeur d’objets et de formes variables, on trouve Alain Taillard, de la Cité du cirque du Mans. Les deux hommes se sont croisés à plusieurs reprises tout le long du parcours de l’acrobate. C’est en voyant son spectacle solo  “Versus 8.4”,  au monastère Royal de Brou, à Bourg en Bresse, qu’Alain Taillard a pressenti qu’une association avec les ingénieurs acousticiens de l’ENSIM, l’Ecole Nationale Supérieure d’Ingénieurs du Mans, et en particulier avec François Gauthier, enseignant-chercheur, serait prometteuse. En effet, ce spectacle solo se présente comme une préfiguration de la démarche de l’artiste dans l’utilisation technologique de  certains procédés en vue du spectacle des Pantins.

Dans le cas d’Aurélien Bory, auteur, metteur en scène et artiste associé au Grand T, c’est Marcel Freydefont, fondateur du département scénographie à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes qui est à l’origine de la rencontre. Il connait et partage  la conception du théâtre «de l’espace» d’Aurélien Bory. Il y trouve une parenté : «une mise en scène très structurée d’un point de vue de la dramaturgie». Dans un premier temps, les deux hommes ont animé un cycle de conférences, intitulé «changement de décors», puis Marcel Freydefont a proposé à l’artiste de diriger un atelier avec des élèves du département scénographie de l’école d’architecture sur la conception d’un dispositif scénique à destination des circassiens.

PDF. Projet "Point à la ligne"

ENSA ; Bory, Aurélien ; Le Grand T 2014  

Voir le document

Pages: 1 2 3 4 5