Un répertoire pour les arts du cirque

La compagnie Transe Express tourne sa création Mobile Homme depuis 1991. Cette durée implique un roulement de la distribution et induit donc une transmission de l’œuvre. Il est intéressant de noter que cette passation de rôles acrobatiques a généré des adaptations de l’œuvre en fonction des propositions des interprètes. Dix ans après Extraballes, Jérôme Thomas l’adapte pour d’autres interprètes sous le titre IxBE. En 2009, des élèves des quatre écoles professionnelles (Cnac, ENC, ESAC, Circus space) réinterprètent le spectacle In Vitro crée en 1999 par Archaos. Occasion pour Guy Carrara et Rachel Andrade, directeurs d’Archaos, de relancer le débat sur la question du répertoire.

Même s’ils sont encore rares, ces exemples attestent que les arts du cirque entrent dans une nouvelle phase de leur développement.

Cependant, si elles préfigurent un répertoire, ces reprises, sont mises en piste par leurs créateurs d’origine et bénéficient donc de leur mémoire. Faillible par nature, cette dernière risque de disparaître en même temps qu’eux.

PDF. In vitro 09, Archaos

 Bordenave, Julie  janv.-10  Stradda

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Création d’une patrimoine culturel

Un autre enjeu lié à la constitution d’un répertoire est sa dimension patrimoniale.

Si les arts du cirque sont aujourd’hui reconnus comme un art majeur, leur inscription dans une histoire écrite dépend de la conservation des œuvres. Or, si riche et variée elle soit-elle, la création d’aujourd’hui ne dispose pas d’une écriture commune, capable d’en retranscrire les nuances. Un tel outil, en enregistrant les caractéristiques de chaque œuvre, pourra en garantir la conservation à travers le temps, et donc la constitution progressive d’un patrimoine des arts du cirque. Le patrimoine de cirque pourra être rendu saisissable par un support écrit.

Les véritables partitions de spectacles n’existent que rarement, il y a néanmoins quelques tentatives de mise en forme.

La collection Scénogrammes des Editions l’Entretemps, par exemple, se veut une « bibliothèque de répertoire ouverte aux diverses formes du spectacle vivant (…). L’idée du répertoire  ne se limite donc pas au texte à jouer, mais s’étend à tout support d’interprétation : transcriptions scéniques, adaptations, partitions, canevas, notations codées, didascalies, indication du jeu, etc. ».

Le chant des Balles, d’Eric Bellocq, Jean-Michel Guy et Vincent de Lavenère aux mêmes éditions est un livre bien singulier. Il tente de constituer une véritable partition du spectacle : la portée musicale est annotée de photos, dessins et définitions des figures du jonglage.

Certains artistes, comme le directeur du Cirque Plume Bernard Kudlak, assemblent des carnets de création. Ce sont des recueils  documentant la genèse et le cheminement de leurs créations. D’autres, comme le Cirque du Soleil ou la Compagnie Dragone, établissent des bibles de production, destinées à encadrer une potentielle reprise.

Ces exemples illustrent un paradoxe : le cirque est un art de mouvement ; or, les moyens de sa transcription (écriture latine, iconographie, solfège etc.) restent empruntés à d’autres arts qui rendent difficilement compte de la nature même des œuvres.

PDF. Carnet de création de "Plic Ploc"

Kudlak, Bernard  juin.-02 à mai.-04  Cirque Plume

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