De la pensée à l’acte de création. Sur les traces du « chemin perdu » de Plume

Un parcours découverte écrit par Dominique DuthuitLogosSACDCopiePrivee

En partenariat avec la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiqueslogo_final_enacr

et l’Ecole Nationale des Arts du Cirque de Rosny-sous-Bois

Introduction

Yves Perton

Indifférent à toute appartenance à un genre identifié du cirque, le Cirque Plume est une troupe d’artistes à géométrie variable qui, depuis onze spectacles en un plus de 30 ans, court après le même « vieux rêve » de créer un langage global et universel qui puisse nous relier joyeusement hors du cours attendu de la vie. Festifs et utopistes, ces artistes autodidactes, qui ont débuté dans la rue en fanfare, ont choisi en 1984 le cirque, art à l’agonie dont la mythologie et les fondamentaux (le dépassement du corps, la fragilité, l’itinérance, le lien à l’enfance, l’instantanéité de l’acte, …) résonnaient avec leurs convictions profondes. Sans le vouloir, le Cirque Plume est devenu une des compagnies pionnières de ce qu’on a appelé « le nouveau cirque ». Dans quel terreau ces agitateurs poètes ont-ils planté leurs racines pour être en capacité de donner forme et vie à leurs rêves? A la croisée de tous les arts (cirque, danse, musique, mime, arts plastiques…), comment définir leur identité hybride, tout autant fruit de l’inconscient que du conscient individuel et collectif ? Au fil des créations, comment se sont distribués les rôles entre l’auteur, le compositeur, les interprètes et le reste l’équipe? A l’heure de  La dernière saison, futur dernier opus de la compagnie, se pose la question de la transmission de leurs œuvres, est-elle envisageable et comment? Les spectacles du Cirque Plume défendent un art populaire « qui porte en lui une nostalgie d’idéal et qui en exprime la quête.»[1] Trois œuvres emblématiques, No Animo Mas Anima, Toiles et Plic Ploc, serviront de points d’appui pour suivre les chemins empruntés qui conduisent à travers l’art à quelques instants éternels et éphémères de bonheur partagés. En route, donc, vers le bonheur !

La matrice de Plume : créer de l’être

Le pari, dit Bernard Kudlak, auteur et directeur artistique de Plume, est « de réussir à  créer les conditions d’être dans ce qui est ouvert vers l’inconnu. Créer et être, créer de l’être.»[2] Chaque nouvelle création renvoie Bernard Kudlak à l’angoisse des origines. Il se compare à un sismographe qui, avec humilité et détermination, cherche à révéler -sans dévoiler- ces fragments invisibles de beauté, venus du fond des temps qui l’ont traversé et qui s’imposent à lui. Son référent, quand il crée, n’est ni la « croyance en un Créateur suprême, ni la croyance au corps social ou à l’art, mais une croyance en la vie. Pour la voir. Pour l’avoir »[3] A travers ses spectacles, Bernard Kudlak, artiste révolté, marqué par la barbarie passée et présente, prétend à retrouver l’état d’avant la chute, quand tout était possible[4]. Encore lui faut-il rester suffisamment ouvert, libre, sensible, intelligent pour être dans la capacité de saisir ces graines de possible. Campagnard de création, habitant dans le Jura le village de La Chapelle-sur-Furieuse, il construit ses spectacles avec les émotions et les sensations d’émerveillement que la nature lui offre tout en maintenant un dialogue constant avec l’ « enfant libre » qui est en lui et qui persiste en chacun de nous. Cet état d’enfance le lie intimement au cirque avec qui il partage le rêve de vouloir faire vivre à tout prix un monde sans limite.

PDF. Rejouer l'enfance du monde

Kudlak, Bernard avr.-09 Stradda

Voir sur rueetcirque.fr

Ce cheminement introspectif, d’ordre poétique, politique, spirituel et philosophique, constitue la matrice du Cirque Plume, matrice fertilisée par quantité d’œuvres que Bernard Kudlak dit « avaler en vrac pour accéder à la connaissance, la digérer, la reconnaître »[3]. Cette matière réflexive n’apparaît pas en tant que telle dans les spectacles. Elle ne fait que soutenir et organiser l’acte de création qui n’existe et prend sens qu’au moment unique de la représentation au travers de la rencontre des artistes et du public.


[1]   Nostalghia, film d’Andreï Tarkovski (1984).

[2]   Daniel Sibony, Création Essai sur l’art contemporain – Le Seuil. 2005.

[3]   Bernard Kudlak, Abécédaire du Cirque Plume, éd. SO.A.C.D. 2014

[4]   Bernard Kudlak et Anthony Voisin-Plic Ploc Carnets de création-Ed. du Layeur (2006)

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