Théâtre de l’Unité

LogosSACDCopiePrivee

Un parcours découverte écrit par Valérie de Saint-Do

En partenariat avec la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques

La révolution théâtrale permanente

guillotineIls sont à la fois les grands enfants et les grands parents terribles du théâtre de rue en France. Trois mots pourraient résumer la démarche du Théâtre de l’Unité, bientôt quinquagénaire : engagement, culot et générosité. Née en 68, biberonnée à la révolution et aux idéaux du théâtre populaire, la troupe menée par Jacques Livchine et Hervée de Lafond n’a jamais laissé cette notion prendre la poussière, depuis ses débuts dans les MJC jusqu’à son kapouchnik régulier à Audincourt et son Parlement à Aurillac l’été dernier.

Raconter le parcours de L’Unité, c’est une gageure, la seule liste de leurs créations  pouvant à elle seule remplir le lignage exigé par l’exercice. Faut-il, d’ailleurs, parler de « créations » ? Bien sûr, l’Unité a monté plus de soixante spectacles dont certains ont marqué l’histoire du théâtre de rue : La 2CV Théâtre, La Guillotine, le Théâtre pour chiens, Oncle Vania à la campagne… Mais Hervée de Lafond, Jacques Livchine et leurs complices pourraient revendiquer la création permanente comme d’autres la révolution permanente. Tout est prétexte à improviser, à inventer, d’un anniversaire à un enterrement, d’un atelier à une manif, de la salle à la rue. Faire théâtre, rire et convivialité de tout, y compris des catastrophes, pourrait être leur maxime. « Le Théâtre de l’Unité, c’est toujours autre chose » est leur slogan. Toujours autre chose, mais quelques constantes que ce parcours s’efforce de livrer : le théâtre populaire et politique, les voyages et l’ancrage, l’audace et la fête.

Les fondations

Y’a-t-il un acte de naissance du Théâtre de l’Unité ? Jacques Livchine le date très exactement du 22 mars 68. Il commence tout juste à se frotter au théâtre et vient de travailler avec Marc Normand. Ce dernier a fait faillite, et faute de pouvoir payer ses comédiens, laisse à celui qui s’appelle alors Jacques Rappoport un camion Volkswagen à huit places. Il va falloir en faire quelque chose. Jacques cherche un texte pour six comédiens et le trouve chez Peter Weiss Le chant du fantoche Lusitanien ; Trois mille francs empruntés à sa grand mère dans la poche, il brave la colère paternelle et prend le nom de ladite grand’mère avant de frapper à la porte de la MJC d’Issy les Moulineaux qui d’emblée lui met une salle gratuite à disposition.

C’est parti pour 47 ans. Nous sommes en 1968, la grève générale est déclarée le 5 mai, la troupe « en grève active » écume les usines et lycées occupés. Son nom, elle l’emprunte à une troupe de cheminots anglais, le Unity Theatre, qui a posé ses quartiers près de la tombe de Karl Marx à Londres et fait vivre le théâtre des « jeunes gens en colère »[1]. Le Théâtre de l’Unité est lancé, et popularisé par des affiches de l’Atelier populaire des Beaux-Arts. Un acte fondateur. Mais ça démarre de manière militante : pas question, à l’époque de se payer.

AUDIO. Radioscopie. Jacques Chancel reçoit Jacques Livchine

 1976  00:56:48  Radioscopie - France Inter

Voir le document


[1] Angry Young Men, groupe de dramaturges et écrivains britanniques apparus dans les années cinquante, aux œuvres marquées par le réalisme et la critique sociale.

Pages: 1 2 3 4 5