Les Brèves #37 – Février 2016

Nouveauté ! La rubrique Vie professionnelle des Brèves est désormais disponible, pour tous, en version pdf cliquable sur stradda.fr

Vous trouverez ici la Tribune, les articles complets mentionnés dans la version papier des Brèves (réservée aux abonnés) ainsi que des contenus additionnels… et toujours le calendrier des événements artistiques.

 

Première synthèse des ateliers de la 6e Université buissonnière des arts de la rue (page 5 – La Vie professionnelle)

 

6ème Université Buissonnière des Arts de la Rue - Premiers retours des ateliers !

25 et 26 novembre 2015 – Rennes

Les arts de la rue face à leurs valeurs

En ouvrant l’Université Buissonnière sur le concept de démocratie paradoxale,- l’existence d’un décalage entre les valeurs démocratiques portées par nos sociétés et la violence de l’accroissement des inégalités économiques et sociales-, Roland De Bodt nous a amenés à revenir sur les principes fondamentaux des arts de la rue. En reprenant son système d’interactions entre les valeurs, les libertés et les droits, les régimes politiques, les politiques mises en œuvre et les pratiques, nous nous sommes interrogés sur les valeurs qui nous animaient et sur nos modes d’actions. Malgré les spécificités du secteur (importance de la transversalité et de la porosité des métiers et des disciplines artistiques, démarche solidaire de partage et d’accessibilité, désir d’être et de faire ensemble, gratuité et présence dans l’espace public), amenant l’un des groupes à qualifier les arts de la rue de « baromètre de la démocratie », des contradictions sont rapidement apparues entre les valeurs humanistes défendues et la réalité des pratiques. Certains ont en effet constaté un formatage du secteur qui réemploie le langage et reproduit les travers des autres courants artistiques (hiérarchie entre les acteurs depuis le labellisé à l’indépendant, recherche « d’excellence » artistique, peu de possibilité d’expérimentation, orientation vers des publics de connaisseurs, etc.) dus à l’institutionnalisation. La question de la mixité des publics  est souvent revenue dans les discussions où les lieux communs sur les convictions militantes et la volonté unanime des acteurs d’aller vers les publics ont été remis en question. Contre toute attente, cette première matinée de réflexion a mis en avant une certaine perplexité devant la notion de valeurs et sa compréhension par chacun, ainsi qu’une confusion possible entre valeurs, objectifs et idéaux.

La révolution symbolique des droits culturels : entre inquiétudes et nouvelles perspectives

Alors que nombre des participants avaient mentionné « l’accès à la culture » ou « la culture pour tous » comme principes fondamentaux défendus par les arts de la rue, l’intervention de Jean-Michel Lucas a ébranlé les convictions des non-initiés. En pointant du doigt la vision réductrice et condescendante de la charte des missions de service public qui fonde l’intervention publique en matière culturelle, le Doc Kasimir Bisous, comme il aime parfois se faire appeler, a argumenté en faveur d’un changement de paradigme et d’une refonte des politiques publiques au regard des droits culturels. Contre une politique de démocratisation qui entend apporter une culture (légitime) à des gens qui en seraient totalement dépourvu, les droits culturels nous incitent à penser autrement en faisant de la reconnaissance et de l’interaction des identités culturelles des personnes la condition d’un mieux vivre-ensemble.

Les échanges en groupes qui ont suivi la plénière ont été particulièrement riches et animés avec, dans un premier temps, des tentatives de définition et de précision de concepts particulièrement complexes et sujets aux débats –culture, identité, éthique, communauté, etc. Puis, nous avons tenté de partager et d’analyser nos expériences et nos pratiques à travers le prisme des droits culturels afin de voir dans quelle mesure les arts de la rue s’inscrivent dans ce référentiel des droits humains. Les enjeux portés par les droits culturels ont été généralement bien saisis par les participants, plus particulièrement la mise en place d’espaces de négociation et de discussion au sein desquels les arts de la rue pourraient assumer une posture mettant l’humain au centre de leur démarche. Les droits culturels ont été perçus comme un levier supplémentaire pour la création d’instances de concertations insufflant une nouvelle dynamique pour la co-construction des politiques culturelles. Ils sont aussi apparus comme un moyen de revaloriser la vie culturelle locale, trop peu prise en compte par les politiques publiques construites de manière descendante, et de légitimer les pratiques amateurs. Certains y ont également vu une opportunité de rééquilibrage des fonds publics dédiés à la culture et une meilleure répartition, en faveur des arts de la rue, qui est actuellement l’un des secteurs les plus « pauvres » du spectacle vivant.

Cependant, de nombreuses réactions en ateliers ont montré les inquiétudes des professionnels concernant la liberté de création. Dans chacun des groupes on a pu noter la crainte de voir la liberté d’expression artistique contestée et diminuée au nom de l’atteinte à la dignité des personnes. Face à la peur de la censure et de l’autocensure, il a été rappelé que l’un des droits culturels fondamentaux est le droit à la liberté d’expression artistique et de création des personnes, dont les artistes, comme le rappelle le rapport de Farida Shaheed de 2010 au Conseil des droits de l’Homme. Rappelons encore que les droits de l’homme, sont universels, indivisibles et interdépendants. La réflexion sur les droits culturels s’est malgré tout largement axée sur la place des artistes dans la société, leur liberté de parole et le risque de leur instrumentalisation par les élus qui pourraient exiger plus de projets participatifs aux équipes artistiques.

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